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Un parti doit servir le peuple,
jamais se servir de lui

René Lévesque a milité, fondé un mouvement, créé un parti, exercé le pouvoir et traversé de profondes crises partisanes. À la fin de ce parcours, il a formulé un avertissement qui demeure profondément actuel — et qui, aujourd'hui, s'applique d'abord à nous.

9 août 2026 Lecture : 10 minutes Démocratie Directe Québec
1986autobiographie 2011reprise parlementaire 125constituants tirés au sort

01 — Le point de départL'avertissement de René Lévesque

René Lévesque a consacré une grande partie de sa vie à la politique. Il a milité, fondé un mouvement, créé un parti, exercé le pouvoir et traversé de profondes crises partisanes.

À la fin de ce parcours, il a formulé un avertissement qui demeure profondément actuel : un parti politique peut être nécessaire à la démocratie, mais il risque toujours de devenir une organisation préoccupée davantage par sa propre survie que par la mission qui lui avait donné naissance.

Cette réflexion soulève une question essentielle :

Un parti politique peut-il accepter de n'être qu'un outil temporaire au service du peuple ?

C'est précisément sur cette question que la démarche de Démocratie Directe Québec doit être comprise et évaluée.

02 — La sourceUne citation authentique, écrite par René Lévesque

Le passage attribué à René Lévesque est authentique. Il ne s'agit toutefois pas d'une déclaration improvisée lors d'un discours : il l'a écrit dans son autobiographie.

Un parti est un « mal nécessaire » : un instrument qui permet à une société démocratique de confier temporairement des responsabilités à des élus — et qui devrait prévoir sa disparition après environ une génération, pour éviter de devenir une institution empêchant « l'avenir de percer ».

Idée développée par René Lévesque dans Attendez que je me rappelle…, Québec/Amérique, 1986, p. 289-290. Les renseignements bibliographiques — auteur, maison d'édition, année de publication et nombre de pages — sont confirmés par Google Livres.

Dans ce passage, René Lévesque présente le parti politique comme un « mal nécessaire », c'est-à-dire comme un instrument permettant à une société démocratique de confier temporairement des responsabilités à des élus.

Son propos ne consiste donc pas à dire que tous les partis sont inutiles ou illégitimes. Il met plutôt en garde contre leur transformation graduelle. Selon lui, lorsqu'un parti demeure trop longtemps au centre du pouvoir :

  • sa survie peut devenir plus importante que sa mission ;
  • ses idées peuvent se figer ;
  • l'appartenance partisane peut remplacer la réflexion ;
  • la fidélité à l'organisation peut devenir plus importante que la fidélité à la population ;
  • la conquête du pouvoir peut remplacer le projet qui justifiait initialement l'existence du parti.

C'est pourquoi il avançait l'idée provocatrice qu'un parti devrait prévoir sa disparition après environ une génération, afin d'éviter de devenir une institution empêchant « l'avenir de percer ».

03 — RigueurLe Journal des débats n'est pas la source originale

Le passage a effectivement été prononcé à l'Assemblée nationale, mais René Lévesque n'en était pas lui-même le lecteur.

Le 1er novembre 2011, à l'occasion du 24e anniversaire de sa mort, le député Jean-Martin Aussant a repris cet extrait pendant un hommage parlementaire. Le Journal des débats de l'Assemblée nationale reproduit cette intervention.

Source originale

1986 — l'autobiographie Le texte est écrit de la main de René Lévesque dans Attendez que je me rappelle…

Reprise parlementaire

2011 — l'hommage Le passage est relu à l'Assemblée nationale par un autre député. Ce n'est pas la source première.

La formulation la plus rigoureuse pour accompagner une publication serait donc :

« Passage écrit par René Lévesque dans Attendez que je me rappelle… en 1986 et repris à l'Assemblée nationale le 1er novembre 2011. »

04 — ContexteUne réflexion éclairée par son expérience politique

René Lévesque publie son autobiographie après avoir quitté la direction du Parti québécois.

À la fin de 1984, son orientation politique provoque une crise importante au sein du parti. Plusieurs ministres démissionnent et René Lévesque devient de plus en plus contesté. Il quitte finalement ses fonctions le 20 juin 1985. Son autobiographie paraît l'année suivante, comme le confirme la Fondation René-Lévesque.

Il serait exagéré d'affirmer que cette crise explique à elle seule son jugement sur les partis. Son observation repose vraisemblablement sur l'ensemble de son expérience :

  • son passage au Parti libéral du Québec ;
  • son départ de cette formation ;
  • la création du Mouvement souveraineté-association ;
  • la fondation du Parti québécois ;
  • l'exercice du pouvoir ;
  • les victoires et les défaites référendaires ;
  • les conflits internes entourant son départ.

Il savait donc, par expérience, qu'une organisation politique peut progressivement s'éloigner de son objectif initial.

05 — La démarcheDémocratie Directe Québec : un parti qui se définit comme un outil

La documentation de Démocratie Directe Québec contient une affirmation particulièrement importante :

« Démocratie Directe est l'outil politique qui portera les revendications du peuple souverain dans un processus constituant. »

Cette phrase se trouve dans le Manuel de Démocratie Directe 2026. Le mot essentiel est outil.

Démocratie Directe Québec ne devrait donc pas être présenté comme le propriétaire de la volonté populaire ni comme une organisation appelée à décider définitivement de l'avenir du Québec. Sa fonction déclarée est d'ouvrir un passage institutionnel permettant à la population de reprendre le contrôle des règles démocratiques.

Autrement dit :

Le parti propose le processus ; le peuple conserve le dernier mot.

Cette conception rejoint directement l'avertissement de René Lévesque : un parti doit rester un moyen au service d'une mission, jamais devenir la finalité du projet collectif.

Cela ne signifie pas que René Lévesque aurait appuyé Démocratie Directe Québec. Personne ne peut parler en son nom. Il s'agit plutôt d'une convergence entre sa mise en garde et le principe affirmé dans la documentation du parti.

06 — Le principeLa souveraineté appartient au peuple

Les Statuts et Règlements de Démocratie Directe définissent ainsi la mission du parti :

Instaurer une démocratie dans laquelle le peuple exerce directement sa souveraineté.

Cette souveraineté ne doit pas simplement être invoquée dans les discours. Elle doit se traduire par des institutions capables de limiter le pouvoir du gouvernement, des élus et du parti lui-même. La documentation propose notamment :

Le mandat impératif Les consultations citoyennes Le référendum d'initiative citoyenne La publication des décisions et des budgets Des mécanismes d'imputabilité Des comités citoyens Une plateforme de participation Une Assemblée constituante citoyenne Une ratification populaire du texte constitutionnel

La logique générale est simple :

Le peuple peut déléguer l'exercice d'un pouvoir sans abandonner sa souveraineté.

07 — Les élusDes élus mandataires plutôt que propriétaires du pouvoir

Dans le système représentatif actuel, une personne élue dispose généralement d'une importante liberté politique jusqu'à l'élection suivante. Elle peut modifier ses priorités, abandonner certains engagements ou suivre la ligne de son parti.

La documentation de Démocratie Directe Québec propose une conception différente : l'élu devient un mandataire.

Système actuel

Un mandat quasi discrétionnaire L'élu conserve une large marge de manœuvre jusqu'au prochain scrutin, y compris pour s'écarter de ses engagements.

Conception proposée

Un mandat impératif Le pouvoir exécutif serait exercé par des mandataires élus soumis à un mandat clair, dont ils doivent répondre.

Le Manuel de Démocratie Directe 2026 prévoit que le pouvoir exécutif serait exercé par des mandataires élus soumis à un mandat impératif. La Constitution fondatrice, appelée « Constitution provisoire » dans la version documentaire jointe, affirme également que tout exercice du pouvoir devrait être soumis à un mandat clair.

L'objectif est de renverser la relation traditionnelle :

  • la population ne travaille pas pour le parti ;
  • le parti ne possède pas les élus ;
  • les élus ne possèdent pas leur mandat ;
  • les institutions exercent uniquement les compétences qui leur sont confiées.

08 — L'engagementUne allégeance au peuple, pas à l'organisation

Le Serment d'allégeance au Peuple souverain du Québec renforce cette distinction. Il demande aux personnes engagées de servir le peuple, de respecter les droits et libertés, d'agir avec intégrité et transparence et de participer au processus constituant.

La démarche explicative accompagnant le serment précise qu'il ne s'agit pas de jurer fidélité à une organisation politique, mais de prendre un engagement envers la population.

C'est une différence fondamentale.

Un parti traditionnel demande souvent à ses élus de défendre son programme et sa ligne politique. Dans la vision proposée ici, l'organisation devrait plutôt défendre le droit des citoyens de déterminer eux-mêmes les règles et les grandes orientations collectives.

09 — Le processusUne Constitution rédigée par des citoyens

Selon la Loi organique sur l'Assemblée constituante citoyenne, le projet constitutionnel ne serait pas rédigé uniquement par les dirigeants de Démocratie Directe Québec.

Une Assemblée composée de 125 citoyens sélectionnés par tirage au sort à partir d'un échantillon représentatif.

Cette Assemblée aurait notamment pour mandat de :

  • consulter la population ;
  • entendre des spécialistes et des organisations ;
  • étudier les droits fondamentaux ;
  • examiner la séparation des pouvoirs ;
  • définir les mécanismes de participation citoyenne ;
  • rédiger une proposition constitutionnelle.

Le document prévoit également que les séances soient accessibles au public, qu'un mécanisme numérique de consultation soit disponible et que les mémoires soumis puissent être consultés.

Le parti ne devrait donc pas écrire seul la Constitution définitive. Il devrait contribuer à mettre en place le processus permettant aux citoyens de le faire.

10 — La légitimitéLe dernier mot doit revenir à la population

La proposition rédigée par l'Assemblée constituante ne deviendrait pas automatiquement la Constitution du Québec.

Le Manuel et la Loi organique prévoient tous deux que le texte final serait soumis à la population pour ratification par plébiscite. Ce mécanisme est essentiel, car une assemblée tirée au sort ne peut pas, à elle seule, remplacer la volonté de toute la population.

La chaîne de légitimité proposée serait donc la suivante :

  1. Un mandat électoral déclenche le processus.
  2. Une Assemblée citoyenne étudie et rédige une proposition.
  3. La population est consultée pendant les travaux.
  4. Le texte final est rendu public.
  5. Le peuple l'accepte ou le refuse.

Le parti amorce le processus, mais il ne décide pas seul de son résultat.

11 — À l'interneDes droits pour les membres du parti

Cette volonté de limiter la concentration du pouvoir doit aussi s'appliquer à l'intérieur de Démocratie Directe Québec.

Les Statuts prévoient que les membres peuvent participer aux débats et proposer leur candidature. Après plus de 90 jours d'adhésion, ils peuvent notamment :

  • voter lors des consultations internes et des assemblées générales ;
  • consulter les décisions des instances, s'ils sont en règle ;
  • déposer une plainte officielle ;
  • exercer certains recours prévus par les Statuts.

Ces mécanismes constituent une base. Ils devront continuellement être appliqués, renforcés et évalués afin que les pratiques internes demeurent cohérentes avec le discours public du parti.

12 — La limiteLa pérennité du parti ne doit pas remplacer celle de la mission

Les Statuts indiquent également que les membres du Conseil exécutif doivent orienter leurs décisions vers la « pérennité du parti ». Cette formulation mérite d'être expliquée à la lumière de l'avertissement de René Lévesque.

La pérennité administrative nécessaire pour respecter les lois, gérer les finances, soutenir les candidatures et accomplir la mission ne doit jamais devenir une volonté de conserver le pouvoir à tout prix.

La seule pérennité véritablement fondamentale devrait être celle :

  • de la souveraineté populaire ;
  • des droits et libertés ;
  • de la transparence ;
  • de l'imputabilité ;
  • de la participation citoyenne ;
  • des mécanismes permettant au peuple de contrôler ses institutions.

Si le parti devenait un jour plus important que ces principes, il tomberait précisément dans le piège dénoncé par René Lévesque.

13 — Le contrepoidsLe rôle d'un comité citoyen de surveillance

Pour que ces engagements soient crédibles, la surveillance ne peut pas reposer uniquement sur les personnes qui exercent le pouvoir.

Un comité citoyen de surveillance, propulsé par Démocratie Directe Québec, devrait bénéficier de règles publiques garantissant :

  • son indépendance de jugement ;
  • la déclaration des conflits d'intérêts ;
  • l'accès aux renseignements nécessaires ;
  • la traçabilité de ses travaux ;
  • le droit de réponse des personnes concernées ;
  • la publication régulière de ses constats ;
  • l'interdiction de recevoir des directives partisanes sur ses conclusions.

Le parti peut contribuer à créer l'outil, mais il ne devrait pas contrôler les conclusions de ceux qui le surveillent. C'est ainsi qu'une organisation démontre qu'elle accepte réellement d'être imputable.

14 — La nuanceUn parallèle, pas une récupération

Démocratie Directe Québec ne doit jamais laisser entendre que René Lévesque aurait appuyé le parti ou son projet actuel. Une telle affirmation serait impossible à démontrer.

Le rapprochement légitime est plus précis :

  • René Lévesque avertissait que les partis vieillissent mal lorsqu'ils deviennent une fin en soi ;
  • Démocratie Directe Québec affirme vouloir être un outil de transition ;
  • ses documents proposent de transférer certains pouvoirs vers la population ;
  • l'Assemblée constituante serait citoyenne ;
  • le texte final devrait être ratifié par le peuple ;
  • les élus seraient considérés comme des mandataires.
La meilleure façon d'honorer la réflexion de René Lévesque n'est donc pas d'utiliser son image comme un appui politique. C'est de soumettre notre propre organisation au principe qu'il défendait.

15 — La conclusionLe véritable test

La valeur de Démocratie Directe Québec ne pourra pas être mesurée uniquement par ses déclarations. Elle devra être évaluée par des questions concrètes :

Le parti respecte-t-il ses propres Statuts ?
Les membres ont-ils un véritable pouvoir ?
Les décisions importantes sont-elles expliquées ?
Les finances et les responsabilités sont-elles transparentes ?
Les plaintes sont-elles traitées équitablement ?
Les candidats respectent-ils leur mandat ?
Les comités citoyens peuvent-ils travailler sans contrôle partisan ?
Le peuple conserve-t-il réellement le dernier mot ?
Un parti qui prétend redonner du pouvoir à la population doit accepter d'être surveillé, questionné et corrigé par cette même population.

16 — RéférencesSources

Le peuple conserve le dernier mot.
Encore faut-il l'exercer.